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Fermeture administrative pour travail illégal : ce que la loi du 25 juin 2026 change pour votre entreprise

Photo du rédacteur: remy PHILIPPOT
remy PHILIPPOT
il y a 4 jours
6 min de lecture

Le 5 février 2026, un contrôle dans un restaurant de la banlieue de Rennes trouve un salarié « à l'essai », non déclaré à l'URSSAF. L'exploitant régularise dès le lendemain. Trois mois plus tard, le préfet ordonne pourtant un mois de fermeture administrative pour travail illégal. Le juge des référés du tribunal administratif de Rennes suspendra l'arrêté le 1er juin 2026, mais l'établissement aura été fermé dans l'intervalle. Une déclaration préalable à l'embauche oubliée peut donc coûter un mois de chiffre d'affaires. Et depuis la loi du 25 juin 2026, le risque ne pèse plus seulement sur l'employeur : il remonte vers le donneur d'ordre.

Fermeture administrative pour travail illégal : le régime en bref

Lorsqu'un contrôle (inspection du travail, URSSAF, police ou gendarmerie) constate du travail dissimulé, un prêt illicite de main-d'œuvre, du marchandage ou l'emploi d'un étranger sans titre, le préfet peut fermer l'établissement concerné pour trois mois au plus (article L. 8272-2 du code du travail). Il peut y ajouter la saisie du matériel professionnel et l'exclusion des marchés publics.

La fermeture n'est pas automatique. Le préfet doit tenir compte de la répétition et de la gravité des faits, de la proportion de salariés concernés et de la situation économique de l'entreprise. Avant de décider, il informe l'exploitant et lui laisse un délai pour présenter ses observations : c'est la phase contradictoire.

Pour l'entreprise, l'enjeu dépasse la fermeture. Un même contrôle déclenche souvent, en parallèle, un redressement URSSAF avec majorations, une amende administrative si un étranger sans titre est en cause, et des poursuites pénales.

Ce que change la loi du 25 juin 2026

Mesure

Qui est visé

Entrée en vigueur

Fermeture étendue au donneur d'ordre qui a sciemment eu recours, directement ou non, à un travailleur dissimulé

Enseignes, maîtres d'ouvrage, entreprises qui sous-traitent plonge, livraison, nettoyage, sécurité, second œuvre

Par décret, au plus tard fin décembre 2026

Vigilance renforcée du maître d'ouvrage : vérification périodique, jusqu'à la fin du contrat, des obligations déclaratives du sous-traitant, sous peine de solidarité financière

Maîtres d'ouvrage du bâtiment et donneurs d'ordre

Par décret, au plus tard fin décembre 2026

Contraintes URSSAF exécutoires deux jours après leur notification, même en cas d'opposition

Toute entreprise redressée pour travail dissimulé

Au plus tard le 1er janvier 2027

Flagrance sociale : mesures conservatoires lorsque le recouvrement paraît menacé

Entreprises contrôlées

Au plus tard le 1er janvier 2027

Remboursement des aides publiques du dernier exercice clos, en peine complémentaire

Personnes morales condamnées pour travail dissimulé

Au plus tard le 1er janvier 2027

Majorations de redressement portées à 60 % (bande organisée) et 70 % (réitération)

Entreprises redressées

Au plus tard le 1er janvier 2027

Concrètement, le calendrier laisse quelques semaines pour s'organiser. Après, un redressement pourra être exécuté sur les comptes de l'entreprise avant même que le juge ait tranché la contestation. Pour l'arrêter, il faudra saisir le président du tribunal judiciaire et démontrer un moyen sérieux et des conséquences manifestement excessives.

Ce que jugent les référés aujourd'hui

Les mesures de la loi de 2026 ne s'appliquent pas encore : aucun juge ne s'est donc prononcé sur la fermeture d'un donneur d'ordre. Mais deux ordonnances récentes montrent comment le juge des référés raisonne sur la fermeture pour travail illégal, et elles valent pour la suite.

Une fermeture suspendue : un seul salarié, régularisé dès le lendemain. Dans l'affaire de Rennes, le juge des référés a statué sur le terrain du référé-liberté. Il a relevé qu'un seul des trois salariés était concerné, que sa situation avait été régularisée le jour suivant le contrôle et que les griefs antérieurs du préfet (bruit, hygiène) étaient sans lien avec le travail illégal. La fermeture d'un mois a été jugée disproportionnée et suspendue, et l'État condamné à verser 1 500 € au titre des frais de procédure (TA Rennes, juge des référés, 1er juin 2026).

Une fermeture confirmée : une entreprise du bâtiment et ses fournisseurs de main-d'œuvre. Une entreprise de façades avait recours à des ouvriers mis à disposition par des sociétés polonaises, dans des conditions constitutives de prêt illicite de main-d'œuvre, de marchandage et de travail dissimulé. Le préfet l'a fermée un mois. Le Conseil d'État a refusé de suspendre la mesure : l'entreprise ne pouvait ignorer les conditions d'emploi de ces travailleurs et avait participé au montage ; la fragilité financière et l'atteinte à la réputation invoquées n'ont pas suffi à rendre la durée excessive (CE, juge des référés, 4 avril 2025, n° 503038).

La leçon est la même dans les deux cas. Le juge regarde l'ampleur des faits, la réaction de l'entreprise et la connaissance qu'elle avait du montage. C'est exactement le critère que la loi de 2026 retient pour le donneur d'ordre : celui qui a « sciemment » eu recours au travail dissimulé. Les preuves de vigilance deviennent la première ligne de défense.

Pourquoi la défense se joue avant l'arrêté

La phase contradictoire est le moment le plus rentable de tout le dossier. Des observations écrites, appuyées sur des pièces (déclarations régularisées, contrats et factures de sous-traitance, attestations de vigilance, situation comptable), peuvent conduire le préfet à renoncer à la fermeture ou à en réduire la durée.

Elles préparent aussi la suite. Si la fermeture est prononcée, ce sont ces éléments qui permettront au juge des référés d'apprécier l'urgence et la proportionnalité. Dans l'affaire de Rennes, c'est la régularisation immédiate, prouvée, qui a fait la différence.

Une précaution : chaque observation écrite peut être lue dans le dossier pénal. Elle se rédige avec un conseil, jamais dans la précipitation.

Automatismes et diligences à réaliser

Les automatismes : ce qui doit tourner en permanence dans l'entreprise

  • Aucune prise de poste sans déclaration préalable à l'embauche, y compris pour un essai de quelques heures, un extra ou un renfort de dernière minute.

  • Salarié étranger : vérification du titre de séjour auprès de la préfecture au moins deux jours ouvrables avant l'embauche, et copie du titre conservée au dossier.

  • Registre unique du personnel tenu à jour et accessible sur le lieu de travail.

  • Attestations de vigilance de chaque sous-traitant pour tout contrat d'au moins 5 000 € HT, à la signature puis tous les six mois jusqu'à la fin du contrat, avec relance automatique dans l'agenda.

  • Clause contractuelle imposant au prestataire de signaler tout contrôle et permettant la résiliation immédiate en cas de manquement.

  • Dossier économique mis à jour chaque trimestre avec l'expert-comptable : chiffre d'affaires par jour d'ouverture, charges fixes, trésorerie, effectif.

  • Consigne écrite « contrôle » remise aux responsables de site : qui prévenir, quels documents présenter, ne signer ni commenter aucun procès-verbal sans conseil.

Les diligences : ce qu'il faut faire, qui s'en charge, dans quel délai

Diligence

Qui

Quand

Régulariser la situation du ou des salariés concernés (DPAE, contrat, bulletins) et en garder la preuve datée

Dirigeant, gestionnaire de paie

Le jour même du contrôle

Rassembler DPAE, registre, contrats et factures de sous-traitance, attestations de vigilance

Dirigeant, services administratifs

Sous 48 heures

Faire établir un état de trésorerie et la perte par jour de fermeture

Expert-comptable

Sous 72 heures

Rédiger et déposer les observations écrites avec les pièces

Avocat

Dans le délai fixé par le courrier du préfet

En cas d'arrêté notifié : noter l'heure de notification et choisir entre référé-liberté et référé-suspension

Dirigeant, avocat

Le jour de la notification

Déposer le référé avec un dossier complet

Avocat

Sous 48 heures

Suivre le volet URSSAF et, le cas échéant, l'amende pour emploi d'étranger, en coordination

Avocat, expert-comptable

Dès réception des notifications

Conserver la trace de toutes les pertes subies

Expert-comptable

Pendant toute la fermeture

Ce que nous proposons

Echo Avocat défend les entreprises face aux sanctions administratives depuis 2003. Pour la fermeture pour travail illégal, nous intervenons dès le contrôle : observations en phase contradictoire, référé devant le tribunal administratif, coordination du volet URSSAF et de l'amende administrative avec votre expert-comptable, puis indemnisation si la fermeture était illégale. Pour les donneurs d'ordre, nous auditons les contrats de sous-traitance et la procédure de vigilance avant l'entrée en vigueur de la loi.

Si l'inspection se présentait demain, votre entreprise pourrait-elle prouver sa vigilance en 48 heures ? Contactez le cabinet : urgence@echoavocats.com — 07 62 57 17 75.

Rémy Philippot, avocat au barreau de Paris, Echo Avocat — sanctions administratives professionnelles depuis 2003.

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